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PRINTEMPS

Ce projet de concert-installation est d'abord né sous une forme laboratoire en 2011 lors d’une résidence de travail à l’Atelier du Plateau à Paris. Il rassemblait Sylvaine Hélary, Antonin Rayon, Sylvain Lemêtre, et le performer et bloggeur Aalam Wassef, alors très engagé dans la révolution égyptienne. Après quelques jours de travail, une première mouture du spectacle fut présentée sous une forme très spontanée et expérimentale. Puis, le label Ayler Records nous offrit d’enregistrer une version « radiophonique » de ce premier Printemps, dans le cadre d’un double-disque du quartet Spring Roll. Suite à cette première expérience, nous avons eu la forte envie de continuer l’exploration, de développer ce travail, tout en en gardant le caractère jaillissant.

Printemps est un concert étendu, sans rapport frontal, associant musique, vidéo, textes et performance live. S’y rejoue certainement la vieille tentative d’un art total. La singulière prise de l’espace, la disposition centrale des instruments, le jeu minimal mais décisif des lumières et de l’obscurité, l’usage de la vidéo, l’irruption du texte et du dialogue, les accidents calculés, enfin le déroulement implacablement dramatique de l’ensemble, tout cela doit se comprendre comme une construction rituelle. Printemps ne parle pas de nos expériences, il ne relate pas une expérience, il se présente comme une expérience.

Ce nom même de « Printemps » fait référence à plusieurs choses : évidemment, à l’épidémie de soulèvements qui ont réveillés ce XXIème siècle moribond, ouvrant un cycle historique de luttes populaires dont on n’a vu encore que le début. Plus généralement, il renvoie au désir de hâter le dégel et le renouvellement des forces vitales après une époque de glaciation et de reflux. Le caractère politique de Printemps ne tient pas tant à un discours tenu sur le cours des choses, qu’à une expérience sensible particulière du cours des choses, dans un cadre circonstancié. Le texte co-écrit par Julien Boudart et Arthur Grand, ainsi que les interventions de Xavier Papaïs, nous parlent, en les inscrivants dans l’espace sonore, de la musique, des images, et de la magie.

Ce qui est marquant est la fusion d’une installation scénique, d’instruments et d’un dispositif sonore. Les différentes composantes de la représentation entretiennent des rapports non hiérarchisés. La musique n’est pas assujettie aux images, les images ne sont pas assujetties à la voix. La parole est présente, sous plusieurs formes: le dialogue entre participants, la lecture de lettres engageant le débat avec un tiers absent, la diffusion d’un extrait d’une conférence tenue en un autre lieu et s’adressant ostensiblement à une autre assistance, actuellement absente. Qu’elle soit adressée à l’intérieur du groupe ou à l’extérieur de la salle, la parole saute toujours l’échelon intermédiaire : elle ne s’adresse jamais directement à l’auditoire présent. Ceci, comme l’attitude des musiciens semblant simplement occupés à leur tâche, témoigne d’un refus stratégique du rapport frontal au public. Parce que la place de l’auditoire n’est pas fixée à demeure, elle reste ouverte et invitante. Parce que l’attention n’est pas demandée, elle est obtenue. Parce qu’on ne s’adresse pas à un public, on le produit. C’est-à-dire : on produit une disposition particulière à l’écoute et à la voyance. Telle est l’antique fonction magico-politique de la musique.

S’il fallait trouver un dénominateur commun à ces musiciens, ce serait le constant tissage qu’ils opèrent entre musique écrite et improvisée. Et Printemps est à cette image. On y entendra une musique tour à tour chambriste, acoustique, riche, précise, mais aussi franchement électronique, joyeuse, grâce à une instrumentation originale (quatre flûtes, percussions en grand nombre, synthétiseurs analogiques plus ou moins modulaires, magnétophone à bandes, pédales d'effets, ...), ainsi qu’un dispositif sonore tout à fait inhabituel.

Sylvaine Hélary  - flûtes, voix, composition
Antonin Rayon - piano, synthétiseur, bandes magnétiques, composition
Sylvain Lemêtre - vibraphone, percussions, métaux 
Julien Boudart - synthétiseurs, textes
Arthur Grand - images, performer, textes
Alexis Forestier - mise en scène, scénographie

Invité, Aalam Wassef - polygraphe, performer
 

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